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Chapitre quatre : Quand le cœur écoute

Depuis le début, dans les analyses de cheminement, nous mettons en évidence une caractéristique principale de l’anthropologie PRH : l’importance de la dimension relationnelle pour l’humanisation et la croissance de la personne.

Comme nous l’avons vu dans les chapitres précédents, l’accompagnement PRH amène l’aidant ou l’aidante à un engagement conscient et consenti dans une relation humaine réelle et vraie. Et toutes nos observations confirment cet impératif.

La vie humaine procède d’une relation. Elle ne peut subsister que grâce aux relations. Elle ne peut se développer qu’en contact avec des relations affectives, c’est-à-dire des relations dans lesquelles elle puise de l’affection et de la chaleur, où elle côtoie les sentiments profonds et positifs d’un autre à son égard.
La personne et sa croissance”, p. 133

Notre expérience d’aide nous démontre hors de tout doute que la qualité relationnelle de l’aidant ou l’aidante est capable d’éveiller le meilleur en l’autre, de susciter son existence et l’affirmation de sa personnalité. Cela motive un engagement consciencieux mais nécessite aussi une connaissance approfondie de la dynamique de la relation d’aide. Et il s’agit d’une relation où nous nous situons d’abord et avant tout devant une personne ¾ en qui réside le désir viscéral de vivre et de pouvoir s’accomplir à même les richesses qui la constituent ¾ et non devant un cas ou un problème à traiter.

La relation humaine est donc un élément constitutif de l’accompagnement PRH. Une relation qui dit : « J’ai confiance en toi… tu peux risquer de te laisser voir dans tout ce qu’il y a de beau et de grand en toi… » même si la personne a du mal à y croire aujourd’hui en raison des blessures du passé. Une relation qui appelle son dynamisme de vie, même si elle en est inconsciente. Une relation où la personne aidante laisse vivre son cœur de chair devant la souffrance, un cœur gratuit, libre, authentique, en mesure de soutenir, d’accompagner, d’éclairer, de sécuriser, gardant foi et amour en l’autre, au-delà de toute attente et de tout faux-semblant. Une relation tissée de sympathie et d’affection, de patience et de non-jugement, de vérité et d’ouverture, autant d’attitudes qui permettent de vivre de façon ajustée les temps de transfert et les moments plus difficiles. Une relation non aliénante donc, qui incite à l’autonomie, à la liberté et à la mise debout de la personne.

Mais, au-delà des invitations et des attitudes facilitantes, quel impact a cet engagement relationnel sur la personne aidée dans le quotidien et le pas à pas de la relation d’aide ? Outre la responsabilité et les compétences professionnelles, quelles sont les exigences de tous les jours pour l’aidant ou l’aidante ? Que signifie « s’engager » dans une relation ? Où cela peut-il mener ? Pour tenter de répondre à ces diverses interrogations, nous présentons ici l’histoire de Catherine. En suivant son parcours, nous saisissons comment et jusqu’où la dimension relation humaine de l’accompagnement PRH engage les personnes aidantes et agit sur celles qui sont aidées. Mais il y a plus encore.

Dans ce chapitre, l’analyse rend compte d’un travail bien particulier, qui s’est avéré déterminant pour le cheminement de Catherine. Sans lui, la relation n’aurait sans doute pas pu se construire ni évoluer de la façon dont nous le relatons plus loin. En effet, malgré son savoir-faire de plusieurs années, ses méthodes de travail maintes fois mises à l’épreuve, ses grilles d’analyse et de compréhension des phénomènes humains confrontées à ses propres expériences et à celles de ses collègues, malgré tout cela, l’aidante a dû se rendre à l’évidence : toutes ses connaissances, acquises par l’expérience ou autrement, ne lui suffisaient pas pour aider Catherine. Il lui fallait les mettre en veilleuse et même accepter de les « lâcher » au profit d’une autre méthode et d’un autre type de savoir : le travail à l’intuition.

Trop souvent, l’intuition est assimilée à des caprices ou à des envies passagères de la sensibilité, ou encore elle est contrôlée, déformée, voire étouffée par les visées du moi-je, qui cherche à tout expliquer même ce qu’il ne comprend pas. Ce sont là des pièges réels, qui peuvent ralentir et même nuire à la croissance de quelqu’un, comme à sa guérison et à sa mise en ordre. En effet, quand un problème dépasse la compréhension que nous en avons et que nous nous acharnons à vouloir le résoudre à partir de grilles toutes faites ou d’expériences antérieures, nous pouvons passer à côté de la solution la plus ajustée pour la personne aidée : celle qui, en raison de l’unicité de sa personnalité et de sa situation, répondrait le mieux à son besoin d’aujourd’hui et la ferait progresser. Pour la personne aidante, être consciemment à l’affût de ses mouvements intérieurs pour en discerner la provenance et agir en conséquence s’avère donc de première importance.

« Lâcher » et « mettre en veilleuse » ses connaissances antérieures ne signifient pas d’en faire fi, bien au contraire. Il ne s’agit pas non plus d’abdiquer son bon sens, ou de minimiser l’importance de son jugement professionnel, mais bien de chercher autrement des solutions novatrices à des situations singulières. Le travail à l’intuition n’est pas un travail à l’à-peu-près. À PRH, il constitue un ensemble structuré et méthodique de discernement. Il s’agit pour la personne aidante de détecter, de façon lucide et de manière critique, ce qui émane des profondeurs de son être pour aider la personne en face d’elle.

Chacune est unique, tout comme son chemin de croissance. Pour croître, une rose n’exige pas les mêmes soins qu’une orchidée, même si toutes deux ont besoin des mêmes éléments. Il en va de même pour les êtres humains. Les éléments de base de toute relation d’aide efficace sont l’ambiance créée par la personne aidante, sa compétence professionnelle dans le domaine et ses attitudes à l’égard de la personne aidée. Mais, la capacité de discerner ce qui émane au niveau de l’être pour aider telle personne, dans telle situation, à tel moment donné relève d’un long et patient travail sur soi-même. Apprendre à reconnaître et à utiliser ce « flair d’être » n’est ni facile ni automatique. Cela requiert beaucoup d’ouverture, d’humilité et de docilité de la part du moi-je, de même que sa vigilance, pour déchiffrer l’intuition et choisir le meilleur moment et la meilleure façon de vérifier si elle est juste. Dans le cas qui nous occupe ici, si l’aidante ne s’était pas laissée dérouter et interpeller par ce qui se passait dans la personne en face d’elle, Catherine aurait été aidée jusqu’à un certain point mais sans pouvoir résoudre son problème à la racine . L’intuition de ce qu’il fallait faire, du comment le faire et de quand il fallait le faire a permis à la relation de s’installer et de se construire. Sans l’intuition de l’aidante, il n’y aurait pas eu de relation possible.

Mais, l’intuition ne surgit pas de soi comme l’eau coule lorsqu’on ouvre le robinet. Dans le cas de l’analyse du cheminement de Catherine, l’aidante s’est consciemment et résolument tournée et enracinée dans ses attitudes intérieures d’aide. Elle s’est faite proche, a respecté le rythme de l’autre, s’est laissée toucher par ses difficultés, s’est émue de son désir réel de progresser, s’est mise à croire en Catherine, à l’aimer telle qu’elle était, à lui exprimer toute sa sympathie vraie et sa réelle affection. Ainsi enracinée au cœur du meilleur d’elle-même, l’aidante a pu accepter de ne pas « savoir » comment faire et accueillir, puis discerner, au fur et à mesure, les « lumières » intérieures qui se manifestaient. Dans son cas, vivre de façon consciente et constante les attitudes aidantes a permis de faire naître, et de reconnaître, les intuitions porteuses de solution. Et c’est en les confrontant à la réalité de la situation de Catherine qu’elles ont pu être vérifiées et authentifiées.

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 André Rochais  
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